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Les principes clés

Les principes clés

Les actions humanitaires et militaires n’étant pas toujours suffisantes, pertinentes et efficaces, l’ICP complète de façon cohérente la recherche de solutions politiques aux conflits. Ses principes, la non-violence, l’indépendance, l’immersion, la primauté des acteurs locaux, l’impartialité et la référence au droit, en font une méthode efficiente de réduction de la violence au niveau local. Ce sont d’ailleurs ces mêmes principes qui garantissent sur le terrain la sécurité des volontaires non-armés.

Non-violence

Cette intervention de solidarité internationale se caractérise par son orientation fondamentalement non-violente. La non-violence n’est pas une négation de la réalité de la violence, c’est une autre manière de penser un conflit et d’agir pour le résoudre. Ce n’est pas, non plus, une attitude passive de soumission mais bien une posture proactive résolument orientée vers la recherche et la proposition de solutions alternatives à la violence. Notons que l’expression équivalente anglaise « Unarmed civilian peacekeeping » met l’accent sur la dimension non-armée et sur le processus de maintien de la paix par des civils non-armés, alors que sa traduction française, Intervention Civile de paix, évoque principalement la finalité de l’intervention, à savoir la paix.

L’ICP correspond ainsi à une stratégie d’action non-violente qui a pour objectif de faire coïncider la fin recherchée, la paix, et les moyens employés, des outils non-violents. Les équipes ainsi envoyées sur les terrains de conflit observent et rapportent, accompagnent, patrouillent, effectuent des missions de diplomatie de proximité, de médiation, parfois d’interposition et de formation. Leur présence calme les contextes emprunts de violence, permettant ainsi aux acteurs locaux de paix de travailler dans un environnement plus serein dans lequel les acteurs armés sont plus responsabilisés. L’absence d’armement, s’il ne permet pas d’imposer une paix militarisée (comme peuvent le faire certaines troupes d’occupation) n’empêche pas la baisse de la violence locale avec un effet remarquable et pérenne dans des communautés éprouvées. De fait, la vulnérabilité apparente des équipes ICP les oblige à penser la sécurité autrement, plus finement que des soldats qui, in fine, s’appuient sur le rapport de force. Le non-armement est compensé par un travail permanent d’analyse des menaces, de communication, de mise en relation, enfin de réseaux à tous les niveaux de la société et à l’international. Ainsi se crée un niveau d’acceptation locale garante de la sécurité des équipes comme de l’efficacité de leur travail.

Immersion sur le terrain

L’intervention militaire se situe dans un court ou moyen terme (quelques années au plus) et reste une intervention ponctuelle fortement liée à l’actualité géopolitique. Les interventions diplomatiques et journalistiques sont également ponctuelles, de simples passages sur des terrains de douleur pour en extraire les informations sécuritaires nécessaires à leurs activités. Par contraste, l’ICP s’inscrit à la fois dans la longue durée et dans la temporalité du quotidien, au plus proche des populations et de leur rythme de vie. Les équipes ICP, contrairement aux militaires, aux diplomates, aux journalistes mais aussi aux humanitaires onusiens, vivent parmi les populations. Cette immersion est une condition nécessaire pour l’acquisition de la confiance locale et donc de la réussite d’une mission d’ICP.

Impartialité ou absence de parti-pris

Un des principes à la base d’une mission d’ICP est l’impartialité ou l’absence de parti-pris (« nonpartisanship » en anglais). En droit, l’impartialité est la caractéristique du juge qui énonce le droit et en sanctionne la violation. De façon plus large est considéré impartial un acteur qui juge d’une situation ou agit dans une situation en référence à des critères et standards reconnus. Bien qu’elles n’aient pas de mandat juridique, les équipes ICP s’engagent pour un respect des droits humains fondamentaux et notamment de l’Etat de droit. Dans ce contexte leur présence a pour objet la transformation d’un conflit violent en confrontation via la négociation, la justice, l’arbitrage politique, etc. Il est à noter qu’il s’agit d’un accompagnement de tous les acteurs locaux, afin de créer des espaces-temps nouveaux, permettant de s’engager dans des voies qui respectent les droits fondamentaux de chacun. Comme le souligne Jean-Marie Muller, les volontaires « s’engagent aux côtés de l’un et de l’autre : ils s’engagent deux fois, ils prennent deux fois parti » (L’intervention civile : une chance pour la paix, Alternatives Non-Violentes n° 124, 2001, p. 26.). Ils sont auprès de, ils marchent avec. Ici, le terme impartialité n’induit aucune supériorité ou distance mais plutôt une recherche d’équilibre, d’écoute et de justesse. Cet engagement intense bienveillant auprès des différentes parties en conflit est d’ailleurs une des conditions indispensables à la création du rapport de confiance qui permet de mener à bien le travail de l’ICP.

Primauté des acteurs locaux

L’intervention ICP s’efforce de se prémunir contre toute tentation d’ingérence dans les affaires locales. En effet, la présence internationale n’est pas mobilisée pour apporter quelque chose, pour imposer des solutions pensées par d’autres, mais bien pour soutenir les acteurs locaux engagés dans la gestion non-violente des conflits et la défense des droits humains. Les équipes ne participent pas aux réunions politiques, syndicales, aux consultations communautaires. Elles ne manifestent pas, ne décident pas sur les questions politiques, sociales, économiques. Elles peuvent, tout au plus, former ou conseiller sur les techniques sécuritaires.

Bruno-Marie Duffé rappelle au sujet des missions d’ICP que « cette manière d’envisager l’intervention au nom des droits de l’homme fait de cette implication et de cette référence un appel constant à la vigilance. Il s’agit de considérer les conditions de possibilités d’un contrat social — local aussi bien que mondial — ou, plus radicalement, d’une alliance entre l’homme et l’homme, sans quoi le tissu humain, déchiré par la violence, ne parvient pas à se renouer, à se renouveler. » (L’intervention civile : une chance pour la paix, Alternatives Non-Violentes n° 124, 2001, p. 29.)

En créant des espaces nouveaux, les équipes de l’ICP favorisent l’émergence de la prise d’initiatives locales et le renforcement des capacités de la société civile, conditions sine qua non de la pérennité de toute solution.

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